ENQUETE/ MAGOUILLES AU CŒUR DE LA BANDE DES FILAOS DE MALIKA

ENQUETE/ MAGOUILLES AU CŒUR DE LA BANDE DES FILAOS DE MALIKA

Le rapport accablant de la SR

Depuis la transhumance du maire de Malika vers l’Alliance pour la République (Apr), un dossier judiciaire dans lequel il est inculpé pour association de malfaiteurs, conclusion d’une convention ayant pour objet un terrain immatriculé au nom de l’Etat et blanchiment de capitaux dort dans les tiroirs de la Justice. Les résultats de l’enquête de la Section de Recherches, compilés dans un rapport de synthèse publié par Libération quotidien dans son édition du 22 juillet, révèlent pourtant des faits d’une gravité extrême.

Voir le maire de Malika promettre, récemment, à un collectif de « victimes », qu’il va aider ses membres à récupérer leurs terres, prête presque à rire. Comme l’a révélé à l’époque Libération, Momar Talla Gadiaga a été inculpé, le 25 février 2016, pour association de malfaiteurs, conclusion d’une convention ayant pour objet un terrain immatriculé au nom de l’Etat et blanchiment de capitaux. Mais, depuis son audition dans le fond qui a eu lieu le 22 mai 2018, suivie de sa…transhumance à l’Apr, le dossier dort curieusement dans les tiroirs. Pourtant, cette affaire est la preuve flagrante d’une délinquance foncière signée au cœur de la bande des filaos de Malika.

Un dossier qui dort dans les tiroirs depuis la transhumance du maire vers l’Apr.

En effet, le Club Sénégal développement durable, qui est constitué par des jeunes de Malika mais aussi d’autres localités, est une structure qui œuvre pour le développement du pays, selon ses membres. Ces derniers, ayant constaté un lotissement sur le titre foncier numéro 13606/Dp, immatriculé au nom de l’Etat, au niveau de la commune, par le nommé Oumar Sall, l’avaient interpellé par l’entremise de Maître Basile Diouf, huissier de justice. Suite à cette interpellation, Oumar Sall a répondu, sur pv d’huissier, que le lotissement bien qu’étant en son nom, appartiendrait…au maire de Malika. D’autres lotissements qui ont été effectués sur le même titre foncier par des particuliers en l’occurrence Birane Sylla et Libasse Sow ont poussé les membres du Club, avec à leur tête Mamadou Fall, à porter plainte contre le maire et les auteurs de ces travaux vu l’ampleur des dégâts qu’ils ont constaté au niveau de cette bande de filaos qui longe l’arrivée de la Vdn 3.

Les fracassantes révélations des gendarmes

Dans le cadre de l’enquête, les gendarmes de la Section de recherches (Sr) ont commencé par faire des constations sur le site. La Sr signale dans son rapport de synthèse obtenu par Libération : «Le maire Momar Gadiaga, qui a accusé un retard considérable est venu sur les lieux accompagné de plusieurs personnes qui étaient embarqués à bord de cinq véhicules. Ces individus, qui n’étaient pas autorisés à venir sur les lieux ont, pendant le temps qu’a duré la constatation, essayé de perturber notre travail en injuriant le sieur Mamadou Fall, président du Club Sénégal développement durable qui était avec nous ».

Les enquêteurs révèlent : «Sur place, nous avons constaté, au niveau du titre foncier numéro 13606/Dp, divers lotissements dont les auteurs sont Momar Gadiaga, Birane Sylla, Oumar Sall et Libasse Sow qui, tout en reconnaissant les faits, ne sont pas en mesure de mettre à notre disposition des documents pouvant justifier leurs prétentions sur les différents sites. En sus des constructions qui ont été érigées au niveau de cet endroit, nous avons constaté l’existence de nombreuses parcelles à usage d’habitation qui ont été cédées à des tierces personnes ».

Festin à l’ombre des filaos

Dans les détails, le rapport de synthèse explique : «Le maire Momar Gadiaga a signé beaucoup d’actes de cession au profit des sieurs Birane Sylla, Oumar Fall et Libasse Sow en sus des attestations de déclaration de propriété (jointes à la procédures, ndlr), sur un terrain immatriculé au nom de l’Etat et contigu au domaine public maritime, à des personnes qui n’en ont pas le droit. Le sieur Birane Sylla, dans le cadre de son entreprise délictuelle, a même été pris en flagrant délit par les Eaux et Forêts en 2014, dans cette zone en train de couper des filaos en vue de faire un lotissement. Sur ces entrefaites, il avait écopé d’une amende de 200.000 Fcfa. Il en est de même pour le sieur Libasse Sow qui avait été interpellé au mois de janvier 2015 pour les mêmes faits. Et c’est ainsi qu’il écopa de deux amendes de 250.000 Fcfa et de 750.000 Fcfa ».

« Avec l’appui du maire et étant sûr de lui, Birane Sylla, s’est fait confectionner un plan qui lui a permis de récupérer 154 parcelles dans cette zone ».

Pire, «avec l’appui du maire et étant sûr de lui Birane Sylla, s’est fait confectionner un plan qui lui a permis de récupérer 154 parcelles dans cette zone qu’il a pu céder entre 1,5 et 2 millions de Fcfa avec l’appui de Libasse Sow qui lui a vendu le terrain en lui faisant un acte de cession dans le zone dite Khisga à la date du 20 juin 2007 alors qu’il ne détient aucun document prouvant qu’il est le propriétaire », révèle la Sr.

La pépite : «Quant au maire Momar Gadiaga, il a autorisé le sieur Oumar Sall à procéder au lotissement d’un site immatriculé au nom de l’Etat et a favorisé la vente de parcelles issues de ce lotissement à des tiers par l’entremise d’Oumar Sall qui a délivré aux différents acquéreurs des actes que le maire lui-même a signé. Et comme argument pour justifier ses actes, le maire a mis à notre disposition entre autres documents un acte de témoignage qu’il a reçu de son père en date du 11 août 1989 », révèlent les enquêteurs qui sont formels : «A ce stade de l’enquête, nous sommes en mesure d’affirmer avec force détails que les faits qui sont reprochés aux mis en cause sont constants. Ils ont reconnu, dans les différentes déclarations, avoir posé des actes au niveau de ce terrain immatriculé au nom de l’Etat du Sénégal alors qu’ils ne disposent d’aucun document pouvant justifier leurs prétentions sur les différents sites ».
Comme nous le révélions, les mis en cause présumés seront brièvement placés en garde à vue avant leur inculpation. Mais, depuis deux ans maintenant, aucun acte n’a été posé pour faire la lumière sur ce scandale.

Senejet

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