Contribution – Lamine Bara Gaye, cadre républicain : « Que dire de la promenade du Président Macky en voiture ? Au de-là du geste, y’a des enseignements à en tirer ».

Contribution – Lamine Bara Gaye, cadre républicain : « Que dire de la promenade du Président Macky en voiture ? Au de-là du geste, y’a des enseignements à en tirer ».


Il y a des semaines, l’opinion publique et les internautes en particuliers ont diversement commenté les images d’un fait rare chez nous. Un Président de la République au volant de sa voiture, sa fille à ses côtés se baladant dans les rues et ruelles de la capitale, en plein jour affrontant par moments des bouchons de la circulation. Un évènement rare. Presque inédit.

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Effectivement, nos autorités supérieures, Président de la République, Président de l’Assemblée Nationale, Ministres, Directeurs généraux et autres ne nous ont pas habitués à s’abaisser à ce niveau de brassage social pour communier avec les populations.Cela s’explique certainement en partie par un lourd héritage que notre administration a tiré de l’époque coloniale. On entend très souvent dire : l’état est sacré, vous êtes UN Ministre, vous ne devez pas faire ça, ne rabaissez pas la fonction et beaucoup d’autres slogans.
Tout ceci fait que nombre de ceux qui incarnent l’Etat au niveau supérieur vivent pratiquement cloisonnés dans leur bureau, leur véhicule aux vitres teintés et leur domicile bien gardé.
Les rares occasions où ils sentent l’odeur des foules c’est quand ils inaugurent des infrastructures ou durant les périodes de campagnes électorales. Donc situation oblige.
Voilà pourquoi l’acte posé par le Président Macky SALL a raisonné dans le cœur et l’esprit de l’opinion.

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Cet acte hautement symbolique, constitue pour ma part un prétexte pour poser le débat autour de la posture des personnalités politiques face au peuple.
N’est-il pas temps que nos hommes d’Etat et autres élus descendent de leur piédestal ?
A notre avis il y a nécessité voire urgence de reconsidérer les rapports que nos hommes d’Etat ont jusqu’ici fait des positions politiques qu’ils occupent, face aux populations pourtant, seules détentrices légitimes de la souveraineté électorale.
Pour se faire choisissons quelques exemples, simples certes, mais assez illustratifs de la situation.
Aujourd’hui, que nous démarrons une nouvelle année, qui vient enterrer une autre qu’on oubliera difficilement, tant elle nous a traumatisés avec cette pandémie qui continue encore de nous arracher des êtres chers, j’aimerais partager les actes forts que j’attends poser les ministres.

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Mais qui a une seule fois rencontré le ministre, accompagné de ses servantes ou de ses enfants même, dans les rangs d’un espace de services genre AUCHAN, CASINO, EDK ou tout simplement au marché de Keur Massar ou Thiaroye un dimanche pour faire ses emplettes comme tout bon, chef de famille ?
Quelle belle image le ministre enverrait à l’opinion si un jour l’envie le prenait de s’acquitter d’une telle tâche, somme toute banale mais haut combien honorable pour un de famille.
Nul doute que ses services de communication marqueraient un grand point en organisant une telle fuite d’une sortie de leur patron. Autre ministre, autre exemple.
Quel ministre de l’enseignement supérieur a une seule fois mis les pieds dans un amphithéâtre bondé d’étudiants de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar pour partager les difficiles conditions d’études des étudiants ?
Pourtant ce serait une belle occasion de leur transmettre un message d’encouragement du chef de l’état et les entretenir des efforts colossaux déployés par le gouvernement pour augmenter la capacité d’accueil de nos pavillons pédagogiques.
Ceci est tout de même une réalité et pour s’en rendre compte, il suffit de voir le nouveau visage de l’UCAD, comparé à ce qu’il était il y a juste quelques années auparavant.
Pour rester dans l’espace universitaire, l’on a vu dans un passé récent un directeur du COUD, se fondre dans la nasse pour partager un repas avec des étudiants dans un restaurant universitaire. Un très beau geste à encourager surtout qu’il est posé en l’endroit d’un segment social, les étudiants connus pour être les plus revendicatifs et réfractaires à l’autorité.
Quel ministre parmi ceux-là qui ont jusqu’ici dirigé nos forces armées, a une seule fois passé la nuit dans une caserne au SUD du pays, la zone la plus mouvementée ou bien passé noëls avec des soldats pour leur témoigner la reconnaissance de l’état et de la nation ?
En France, l’ex Président HOLANDE était parti jusqu’en plein désert malien pour fêter Noëls avec les soldats français de l’opération CERVAL. Un bel exemple d’humilité à copier.
Les usagers de la capitale sont les plus confrontés aux difficultés de la mobilité urbaine sur nos routes. Des études ont parlé de milliards de pertes subies annuellement par notre économie nationale. Pour autant nos ministres en charge des transports font rarement une visite dans les véhicules de transports, les gares routières ou prennent les bus de transport public.

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Pour bien se rendre compte effectivement, des difficultés auxquelles les usagers sont quotidiennement confrontés pour aller à leur lieu de travail ou rentrer chez eux le soir après une dure journée de labeur.
Pour cet exemple, il ne s’agit point de faire dans le voyeurisme, mais la tutelle doit le faire avec les directeurs concernés par le secteur de la mobilité, le CETUD, AFTU, l’Ageroute, DDD et la Police nationale qui a en charge la régulation du trafic.
Pour clore les exemples, interrogeons le cas du ministre de la santé, qui présentement avec la COVID 19 que vit notre pays est certainement, le ministre qui passe le moins de temps dans son bureau ou dans les locaux de son ministère. Certes de tout temps, le ministre en charge de ce département s’est toujours déplacé pour visiter ses services déconcentrés mais aujourd’hui avec cette crise, on s’est rendu compte vraiment que s’il y a un ministre qui doit être régulièrement sur le terrain, c’est bien celui-là.
Puisqu’on ne le dira jamais assez, cette pandémie a montré encore une fois le niveau de sous équipement des plateaux techniques de nos structures sanitaires dû principalement à un retard criard dans les investissements.
Une responsabilité des différents régimes qui ont exercé depuis l’indépendance pour dire vrai.
Autre élément aussi que cette crise a bien montré dans le secteur de la santé la nécessité d’inverser le modèle de gestion jusqu’ici trop bureaucratique et avec des responsables de structures (médecins de régions, de district ou ICP) qui passent plus de temps dans des voyages pour colloques, séminaires et autres ateliers que dans leur structure sanitaire.
De toute façon, l’opinion publique et le personnel soignant ont certainement très bien apprécié cette proximité du ministre de la santé, habillé en blouses et se déplaçant sur l’ensemble du territoire national, visitant les hôpitaux, se mettant au chevet des malades en échangeant directement avec les partenaires sociaux et autres élus locaux.
Les cas d’autorités devant descendre de leur piédestal ne sauraient finir mais nous nous en tenons là puisque les exemples foisonnent.
Le mot de clôture de cette tribune va consister à mettre le doigt sur des faits qui illustrent à suffisance le niveau d’insatisfaction des citoyens sur des institutions qui devraient normalement contribuer grandement à trouver des solutions à leurs préoccupations.
Pourquoi aujourd’hui les sièges de certains organes de presse (walfadjri) d’organisations de la société civiles (Radho, LSDH, Jamra) ou d’activistes (FRAPP, Y EN MARE) cristallisent plus d’attention que certaines institutions de la république comme l’Assemblée Nationale, le comité sénégalais des droits de l’homme ou la Médiature ?
Cela est dû fondamentalement par le manque de réactivité de nombre d’autorités quand il s’agit de voler au secours de certaines populations en détresse ou d’intervenir dans des différends sociaux au moment opportun. Le dernier exemple en date est l’incendie au puits d’exploitation de gaz qui s’est déclaré au village de Gadiaga, à quelques encablures de Dakar il y a quelques jours. Finalement, on a dû recourir à l’expertise étrangère et là, le feu continue.
Figurez-vous que c’est le lendemain que le ministre des mines et celui de l’environnement se sont déplacés sur les lieux, alors qu’en pareille circonstance c’est bien le ministre de l’intérieur en charge de la sécurité publique avec notamment la protection civile qui devait se déplacer et ceci quelle que soit l’heure de l’incident.
Chers compatriotes, à notre avis n’est-il pas temps, que les politiques et autres décideurs publics que nous sommes reconsidérions le modèle de gouvernance de notre société ?
Certes le débat sur la modernisation de l’administration publique a toujours été posé et le gouvernement a pris nombre d’initiatives allant dans ce sens.
On a vécu le forum national sous la présidence du chef de l’état avec la présence de toute la crème de notre administration et présentement aussi l’on nous parle d’un programme dénommé PAMA qui est mis en œuvre. Mais la vérité est que les résultats restent mitigés.
Nous sommes à l’ère de l’internet à haut débit et des smartphones aux mains de jeunes citoyens exigeants jusque dans les villages les plus reculés du territoire national.
Cette instantanéité dans le partage de l’information et cette nouvelle citoyenneté d’une exigence extrême ne sauraient s’accommoder de décideurs publics distants des populations.
Et tous ces éléments se meuvent dans un paysage médiatique marqué par une concurrence féroce et une course effrénée au scoop avec des hommes et femmes de la presse dont la formation pour nombre d’entre eux, laisse souvent à désirer.

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Autre élément et non des moindres certains organes de presse sont des unités d’entreprises mises en place par des leaders plus ou moins inféodés à la chose politique et qui ont des intérêts à sauvegarder. Une situation qui influence effectivement leur ligne éditoriale.
Etant de cette génération des hommes politiques, il nous incombe d’avoir le courage de jeter assez régulièrement un regard critique sur la marche de notre pays et plus spécifiquement sur notre appareil politique et les hommes et femmes qui l’incarnent.
Voilà pourquoi nous avons choisi, le prétexte de cette balade du Président en voiture dans les rues de Dakar pour signer cette tribune. C’est l’occasion aussi de préciser qu’il est loin de nous l’idée de faire le procès de tel ou tel ministre encore moins de s’ériger en donneur de leçons. Ce serait prétentieux pour ne pas dire irrespectueux de notre part.
Les ministres sont dépositaires de la confiance de l’autorité suprême par conséquent nous leur accordons respect et considération et nombre d’entre eux, sont des amis et camarades de parti avec qui nous cheminons en bonne entente.
Ceux dont les départements ont été cités dans ce texte, le sont juste à titre illustratif et d’avance nous leur présentons nos excuses si d’aventure ils se sentiraient ne pas aimer que nous les ayons choisis en « cobaye ».
Que tout le monde comprenne que c’est notre fibre citoyenne qui a bougé.
Quant à son Excellence le Président de la République, nous saluons à sa juste valeur ce geste qu’il a bien voulu posé en se déplaçant en voiture personnellement dans les rues de Dakar.
Pour mémoire, nous signalons qu’il a tout de même déjà posés des actes de gouvernance de cette nature qui le rapprochent des citoyens.
On peut en citer des exemples comme les conseils des ministres décentralisés dans les régions, les déplacements dans les foyers religieux à la veille des événements, les visites de condoléances à chaque fois que des figures nationales sont arrachées à notre affection ?
Dans tous les cas la vérité est là, les citoyens ont besoin plus que jamais de sentir tous les jours à leurs côtés la présence de ceux, à qui ils ont délégué le pouvoir de les administrer.
Alors comment les politiques doivent agir pour remplir de plus en plus cette mission tout en sacrifiant correctement à leurs obligations régaliennes ? Voilà la question.

Lamine Bara GAYE / Responsable Politique/ Membre des cadres Républicains.
Email : laminebaragaye@gmail.com

Senejet

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